16 septembre, 2011

Saint Augustin Evêque et Docteur de l’ Eglise Saint Algérien

Classé dans : Non classé — andreadicaffa02 @ 21:57

Saint Augustin

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Dans le cadre de la célébration en 2001 de l’année du « dialogue des civilisations » décidée par les Nations Unies, s’est tenu, tout le long de la première semaine de ce mois d’avril, à Alger et à Annaba, le premier colloque international sur Saint Augustin, sous la devise « africanité et universalité ». le colloque a été organisé à l’initiative de la Présidence de la république algérienne, en collaboration avec la Confédération suisse, l’Université de Fribourg et l’Institut des études augustiniennes de Rome. L’évènement est à saluer pour sa triple signification : l’hommage rendu à un penseur d’une dimension internationale, l’affirmation de la non contradiction entre la fidélité à notre islam et la ré-appropriation de notre histoire toute entière, et, enfin, la revendication de l’africanité de ce grand homme.

Saint Augustin était un polémiste et un écrivain de génie. Par ses idées profondes et originales, il a marqué d’une empreinte indélébile l’histoire de la pensée humaine. En son temps, il a bénéficié d’une grande renommée à travers tout le bassin méditerranéen. Depuis lors, sa notoriété et son influence n’ont cessé de s’amplifier. Ses livres, sermons et correspondances sont parmi les écrits les plus traduits. Plus de 500 ouvrages et articles portant sur sa vie et son œuvre sont publiés chaque année dans les principales langues du monde.

On a écrit des Confessions, son œuvre majeure, qu’elles traversent l’histoire de la métaphysique et de la littérature et qu’elles trouent littéralement 16 siècles, du 4e au 20e comme un témoignage de recherche et d’ivresse. Son influence est perceptible un peu partout, de Dante à Heidegger, en passant par Pascal, Rousseau, Rimbaud, Freud, Proust, Claudel et bien d’autres. Je ne cite que l’inventeur de la psychanalyse ou des poètes, philosophes et écrivains laïcs. Car la liste des théologiens chrétiens qu’il a marqués serait interminable. D’ailleurs, ses idées purement chrétiennes sont, de nos jours, plus ou moins dépassées. L’essentiel de son œuvre, et qui fait son actualité, est seulement déiste. Il a plaidé pour la religion du cœur, celle de la profonde et sincère conviction. Il ne s’est intéressé, continûment et intensément qu’à Dieu. Sans le savoir, les auteurs musulmans soufis reprennent, à certains égards, ses positions et même la façon de les exprimer. On trouve chez lui, comme chez eux, le même dévouement total, le même don global à Dieu, surtout quand il invente la conscience comme intériorité, creuse et amplifie le dedans de soi. Et il parle en poète quand il dit « atteindre la dimension où le vrai a du goût, … et où tout se joue dans le cœur ».

Par ailleurs, sa pansée a été remarquable dans sa tentative de réconciliation entre l’héritage grec, en particulier la philosophie, et la religion. Pour lui, Platon parle comme les Ecritures saintes. Il a été le premier à soutenir que la Révélation et la rationalité ne sauraient être opposées. Plusieurs siècles après lui, probablement sans le savoir non plus, Ibn Roshd pour les musulmans, appelé Averroès en Occident, Maïmonide pour les juifs, reprendront et approfondiront les mêmes idées en les adaptant chacun à sa religion. Rappelons enfin son enquête de linguistique divine quand il analyse les Ecritures saintes. Nous lisons dans le Coran, par exemple, à la sourate La vache, verset 117, que lorsque Dieu « a résolu une chose, il lui suffit de dire : soit et elle est ». cette expression (kon fayakoun ) « soit et elle est » revient à plusieurs reprises dans notre texte sacré comme allusion à l’origine de la vie ou de l’Univers. Saint Augustin analyse les passages de la bible qui traitent la question des origines de la création et qui disent en latin et en hébreux à peu près l’équivalent du verset coranique que nous venons de citer. Il met en lumière les liens inextricables qui président au sens des Ecritures saintes. Selon lui, celles-ci ne cessent de jouer entre le propre et le figuré, le corporel et le spirituel, le temporel et l’intemporel. On croirait lire les développements d’un chercheur musulman moderne qui analyse les versets coraniques d’une manière scientifique d’une manière scientifique et intelligente, quoique non classique.

Les musulmans ont donc tout à gagner en étudiant la pensée de ce précurseur hors pairs. Certes, c’est un auteur non musulman. Amis, d’un point de vue musulman classique, on ne peut pas le lui reprocher puisqu’il a vécu longtemps avant l’avènement de l’Islam. Au contraire, il a été un croyant fervent de la religion chrétienne reconnue et respectée par l’Islam.

Il est heureux que le colloque sur Saint Augustin ait été organisé, du côté algérien, par le Haut conseil islamique. C’est d’ailleurs au siège de ce dernier que se sont tenues les réunions du comité préparatoire international qui a veillé à l’organisation, tant scientifique que matérielle de cette manifestation culturelle. et c’est le Président de la république qui a ouvert les travaux par un discours remarquable par son contenu de plaidoyer en faveur de la tolérance, de l’universalité de la pensée humaine, de la nécessaire compréhension entre les nations et de la véritable complémentarité entre les cultures. Par les temps qui courent, où les criminels du GIA continuent à sévir et où les tenants du fanatisme religieux sont encore nombreux, l’attitude des autorités algériennes est la preuve d’un courage politique qu’il est juste de saluer.

Dans son discours d’ouverture, le Président algérien a aussi insisté sur l’algérianité de Saint Augustin. Les tunisiens risquent de ne pas partager cette opinion. Si le grand penseur est né en 354 à Thagaste, Souk Ahras dans l’Algérie actuelle, et s’il a vécu dans sa jeunesse à Hippone, appelée Annaba aujourd’hui, il a aussi été évêque au Kef et c’est surtout à Carthage qu’il a produit l’essentiel de son œuvre. Pour cela, les tunisiens le considèrent comme un de leurs ancêtres les plus illustres. Son buste figure à la salle du conseil des ministres à Carthage, lieu où est exercée la souveraineté de l’Etat, avec quatre autres figures de l’histoire de la Tunisie ; il est largement cité dans les ouvrages scolaires tunisiens.

A le vérité, il n’a été ni purement algérien ni exclusivement tunisien ; ces appelations sont récentes. Il était ifriquien. Mieux encore, les frontières inter maghrébines sont, à l’échelle de l’histoire, toutes récentes. Le peuple maghrébin, car je pense que les maghrébins constituent un peuple unique, a en commun, les nombreux facteurs d’unité, les mêmes ancêtres. Nous avons en partage, Hannibal et Saint Augustin, Okba ibnou Nafaa et Tarak ibnou Ziad, Ibnou Roshd et ibn Khaldoun.

Nous sommes aujourd’hui arabes et musulmans avec des minorités juives et berbères dont il faut respecter la religion ou la langue et la culture. Notre histoire n’a pas commencé avec l’islam. Notre terre a abrité plusieurs civilisations depuis l’ère capsienne. Nous devons avoir cela présent à l’esprit, non par fierté, sentiment détestable, mais pour effacer le complexe d’infériorité qui ronge tous ceux qui, parmi nous, ont peur des langues et des apports des civilisations étrangères dont nous avons grand besoin de nous inspirer sans complexe pour accélérer notre développement.

Médi-1 : 12/4/2001 article publié dans le site Perspectives Tunisiennes

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